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SAMEDI
1ER NOVEMBRE 1997 « Bataille / Leiris : l’intenable assentiment au monde » par Marie-Claire Beauchard, Guy Dandurand, Les autres Articles Les autres Articles
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« Bataille-Leiris L’intenable assentiment au monde », colloque organisé à Orléans les 22 et 23/11/97 à l’occasion du centenaire de la naissance de Georges Bataille, sous la direction de Francis Marmande, éditions Belin, 1999. Souligner l’amitié, souvent orageuse mais indéfectible jusqu’à la mort de Bataille en 1962, qui lia ces deux hommes c’est à la fois entrer dans l’histoire intellectuelle de notre temps et marquer « la singularité de deux figures irrégulières du siècle. » C’est en effet par Leiris qu’en 1924 Bataille est introduit auprès du peintre André Masson et qu’il rencontre, dans l’atelier de la rue Blomet que fréquente aussi Breton, les exigences intellectuelles, esthétiques et politiques du surréalisme. Aux tentatives de Leiris pour le rallier au mouvement, Bataille oppose un refus marqué. En définitive, c’est autour de lui que se manifestera en 1930 la première dissidence au surréalisme, regroupant avec Leiris lui-même, alors insurgé contre « l’abominable intellectualité surréaliste », Desnos, Limbour, Prévert, Vitrac... Entre-temps l’amitié entre les deux hommes s’est consolidée, même si Leiris a refusé de suivre Bataille dans le projet d’une revue qui aurait opposé un « oui » aux dénégations dadaïstes. En 1929, l’ethnologue Georges Henri Rivière propose à Bataille de conduire la revue mensuelle Documents, dirigée par Carl Einstein, dont Leiris sera un collaborateur régulier, de même que Marcel Griaule et, plus épisodiquement, Claude Lévi-Strauss qui n’est pas encore ethnologue. Mais très vite Bataille ajoute au champ d’investigation de cette revue savante vouée à l’archéologie, aux beaux-arts et à l’ethnologie, les « variétés » du music-hall afro-américain et du jazz. Et à l’étonnement de ses commanditaires, il la définit comme « magazine illustré ». La revue n’excédera pas quinze livraisons ! Elle aura eu le temps de se déployer sous l’impulsion de Bataille, qui l’ouvrit à tous les dissidents du surréalisme, comme une machine de guerre à l’encontre de l’idéalisme - dont l’autre nom est la poésie, rappelle Michel Surya dans son indispensable ouvrage Georges Bataille, la mort à l’œuvre (Gallimard 1992). Les quinze livraisons de Documents ont été rééditées par Jean Jamin chez Jean-Michel Place (1992) avec une introduction de Denis Hollier. Gardant la nostalgie de Documents, Bataille crée en 1936 avec Masson et Pierre Klossowski Acéphale, revue qui, à travers son sous-titre : religion, sociologie, philosophie, se veut un lieu de réflexion sur les mythes et, peut-être, l’amorce d’une société ésotérique. Cette idée de communauté, voire d’un « collège socratique », Bataille la retrouvera lors des lectures-débats qu’il organisera en 1941, rue de Lille, avec en particulier Queneau, Leiris, et surtout Blanchot autour de ce qui deviendra L’Expérience intérieure. Amitié indéfectible donc, mais parfois boudeuse du côté de Leiris car elle réunit deux caractères de trempe différente. Et, de l’un à l’autre, se conjuguent ou se heurtent la haine ou la fascination de la poésie, l’affrontement à la sexualité comme pensée de la mort, la distance ou la reprise de soi par l’autobiographie, l’esthétique perçue dans l’informe ou la représentation sacrificielle. En 1946, tout comme Sartre venait de fonder Les Temps modernes en 1945, Bataille fonde Critique. L’idée datait de la guerre et avait pris corps dans le milieu qui avait rassemblé Bataille, Leiris, Sartre, Camus. Il s’agissait de recenser ce qui se publie d’important en art, économie, sciences, philosophie, projet qui rappelait sans doute La Critique sociale, revue qu’avait fondée Boris Souvarine en 1931, et à laquelle Bataille avait confié trois articles essentiels sur sa réflexion politique (voir Francis Marmande : Georges Bataille politique, 1985) en un temps où la menace grandissante du fascisme le rapprochait de Breton. A l’encontre de Critique, Leiris maintient d’abord quelque distance, regrettant que cette revue [ne] propose pas une production véritablement littéraire. II participe avec plus d’empressement aux Temps modernes, séduit par le thème de l’engagement sartrien et manifestant désormais quelque défiance envers les conquêtes de l’imaginaire ou l’expérience de la transgression. Genèse constituera le dernier grand projet (avorté) de Bataille et de ses amis dont plusieurs étaient d’anciens surréalistes, revue à laquelle auraient collaboré Leiris bien sûr, mais Beckett, Edouard Glissant, Alfred Métraux, le musicien René Leibowitz, Max Ernst... En revanche, le n° 1 de la revue La Ciguë, est un hommage qui lui est rendu par René Char, Marguerite Duras, Louis-René Des Forêts, Michel Leiris, André Masson. Bataille vit désormais à Orléans où il a été nommé en 1952 conservateur de la bibliothèque municipale. Ce sont des années de maturité, de création, de remise en ordre de ses oeuvres, sans qu’il y ait pour lui une idée possible d’achèvement. Sur Georges Bataille, un travail certain du temps s’est effectué depuis sa mort en 1962. Son oeuvre complète est désormais accessible, publiée en douze volumes aux éditions Gallimard. Elle est lue, examinée. De Michel Leiris (1901-1990) la disparition récente nous fait encore côtoyer les ouvrages, conserve à l’oeuvre un caractère immédiat. Le Journal est paru en 1992 et nous trouvons depuis peu, réunis et annotés par Jean Jamin sous le titre Leiris, Miroir de l’Afrique (1995), l’ensemble des textes africains. Ainsi disponibles, ces textes scientifiques et esthétiques se proposent à nous, avec L’Age d’homme et La Règle du jeu (1948-1976) pour mieux interroger Leiris, dans son compagnonnage avec Bataille, sur son propre « intenable assentiment au monde. »
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