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2004 Chronologie 1961-1970 par Louis Yvert, Les autres Articles
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1961
Leiris rencontre Edmond Jabès par l’intermédiaire de Maurice Nadeau. La galerie Louise Leiris est constituée en S.A.R.L. dont le capital est détenu par Louise et Michel Leiris, Kahnweiler et Maurice Jardot. En 1971, la première en détiendra 81,8 %, le second 14,5, les deux autres 3,7. La galerie est une affaire prospère qui, en 1970, sera le 444e exportateur français, entre les Éditions Larousse et Bréguet-Aviation. Janvier. Malgré le blâme du mois précédent, Leiris est promu maître de recherche au C.N.R.S. 2 janvier. Achevé d’imprimer de Nuits sans nuit et quelques jours sans jour (Gallimard), réédition très augmentée de Nuits sans nuit (1945). À l’occasion de cette parution, il donne ses premières interviews « par courtoisie envers la maison Gallimard » [2]. Par la suite, il n’en donnera qu’avec réticence, une interview publiée n’étant pour lui qu’une « restitution trompeuse (fiction qui ne s’avoue pas telle) en même temps qu’un hybride, à dire vrai ni chair ni poisson et non bipartite à la façon des sirènes » [3]. 31 mars. Achevé d’imprimer de Vivantes cendres, innommées, livre illustré par Giacometti et publié chez Jean Hugues à 100 exemplaires, qui sera considéré comme un des plus beaux livres illustrés français du XXe siècle. Mai. Entretien avec Madeleine Chapsal : « Ce que j’adorerais, ce serait écrire un très beau roman ! Où il ne serait plus du tout question de confession ni d’autobiographie. [...] Ce serait pour moi une preuve de liberté, la preuve que je serais arrivé à une certaine émancipation par rapport à moi-même, que ce ressassement écœurant à la première personne, dont je suis moi-même écœuré, est enfin liquidé » [4]. Mais dans Le Ruban au cou d’Olympia (1981), il fera état de son inaptitude à écrire un roman. 3 mai. Mort de Maurice Merleau-Ponty. 10 juin -14 juillet. Exposition Miró à Genève, musée de l’Athénée. En préface au catalogue, dix-huit poèmes de Leiris : Marrons sculptés pour Miró [5], également publiés en volume (Genève, Edwin Engelberts). 11-15 août. Voyage à Bruxelles, où il rend visite à Charlotte Dufrène, la « demoiselle de compagnie » de Raymond Roussel. 17-20 octobre. Trente mille Maghrébins manifestent à Paris contre le couvre-feu qui leur est imposé. Deux cent-cinquante morts, douze mille arrestations. 25 octobre. Quatre-vingtième anniversaire de Picasso. Le Patriote de Nice et du Sud-Est publie un numéro spécial dans lequel Leiris relate sa première rencontre avec le peintre : « “Bonjour Leiris ! Alors vous travaillez ?” » [6]. 6 novembre. « Traîne piteusement sur la conclusion de Fibrilles [7]. » Le livre ne paraîtra qu’en 1966. 1962Participe à la fondation de la collection « Classiques africains », publiée par l’Association des classiques africains et l’Institut d’ethnologie de l’université de Paris. Il en est codirecteur.
Août. Assiste à la Biennale de Venise, qui décerne son Grand prix de sculpture à Giacometti. Écrit à cette occasion : « Alberto Giacometti en timbre-poste ou en médaillon » [9]. Septembre. Bologne et Berne, où il reconstitue sa provision de barbituriques. 15-28 octobre. Participe à la rencontre internationale sur les religions africaines traditionnelles organisée par le centre culturel du monastère de Bouaké (Côte-d’Ivoire). Il y expose ses « Réflexions sur la statuaire religieuse de l’Afrique noire » [10]. 5 décembre. Diffusion sur France III-National de l’émission « Anthologie vivante » qui lui est consacrée : entretien avec Jean Paget et pages choisies et présentées par lui-même. 1963Maurice Nadeau : Michel Leiris et la quadrature du cercle (Julliard), premier livre sur Leiris [11].
29 novembre. Témoigne au procès de dix-huit jeunes Martiniquais membres de l’Organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique. 24 décembre. Mort de Tristan Tzara. Leiris lui rend hommage dans Les Lettres françaises [15]. 1964
1965Avril-octobre. Exposition « Chefs-d’œuvre du musée de l’Homme », dont le catalogue comporte un entretien de Leiris avec Georges Henri Rivière et un texte sur les œuvres d’Afrique noire exposées.
23 août. À Fréjus, Leiris assiste à sa dernière course de taureaux. 31 octobre. Mort d’Olivier Larronde. Hommage de Leiris dans Les Lettres françaises : « Le Vrai poète fait métier... ». 12 novembre. Il est à Genève pour une exposition Masson dont il a préfacé le catalogue : « Si, appliquant aux arts graphiques... ». 1966
Février. Premier livre de Leiris au format de poche : L’Âge d’homme. 30 mars. Achevé d’imprimer de Brisées (Mercure de France), recueil de cinquante-deux de ses « textes non strictement littéraires » dont le projet remontait à 1949. 30 mars - 8 avril. Participe au colloque « Fonctions et significations de l’art nègre dans la vie du peuple et pour le peuple » organisé à Dakar dans le cadre du premier Festival mondial des arts nègres. Mai. Voyage en Angleterre et en Écosse avec Sonia Orwell et Georges Limbour. Fin juin - début juillet. Allemagne : Weimar, Leipzig, Dresde, Berlin. 8 septembre. Achevé d’imprimer de Fibrilles, tome III de La Règle du jeu (Gallimard). Pour la sortie du livre, la presse publie des photos de lui où il se découvre « vieux monsieur tout courbé » et « petit homme vulgaire, grassouillet et gesticulant »
28 septembre. Mort d’André Breton. Le 1er octobre, Leiris assiste à son enterrement. Il lui rend hommage dans Le Monde (« Depuis longtemps, oubliant les vieilles querelles... ») et dans Le Nouvel observateur (« L’Élément passionnel inhérent au surréalisme... »). Dans son journal, il évoque l’émotion soulevée par cette disparition : « Je me demande quelle est la pire de ces deux choses : une mort qui passe inaperçue ou bien une mort qui revêt l’allure d’un malheur public ? Il me semble que le moins horrible se situe entre les deux : une mort qui émeuve quelques-uns parmi les proches et les non-proches et telle que cela reste, non pas nul et non avenu, mais pas le contraire non plus et, si l’on peut dire, “entre soi”. En somme, l’édition de luxe plutôt que le gros tirage. » [21] 29 septembre - 5 octobre. Parution d’un entretien de Leiris avec Raymond Bellour dans Les Lettres françaises [22]. Novembre. Exposition Bacon à la galerie Maeght, catalogue préfacé par Leiris : « Ce que m’ont dit les peintures de Francis Bacon » [23]. Novembre 1966 - février 1967. À l’occasion de son quatre-vingt-cinquième anniversaire, « Hommage à Picasso », rétrospective réunissant un millier d’œuvres au Grand Palais, au Petit Palais et à la Bibliothèque nationale. Novembre-décembre. René Leibowitz compose une musique pour chant et piano sur deux poèmes de Vivantes cendres, innommées. Leiris s’opposera à son exécution. Hiver 1966. Premier numéro de L’Éphémère, cahiers trimestriels de littérature dont le comité de rédaction est composé d’Yves Bonnefoy, André du Bouchet, Louis-René des Forêts et Gaëtan Picon. Dans ce premier numéro, partiellement consacré à Giacometti, Leiris publie le poème « Autres “pierres” » [24], écho des « Pierres pour un Alberto Giacometti » de 1951. 1967Roger Bastide (1898-1974) : Les Amériques noires. Leiris en fait un important compte rendu dans le Journal des américanistes de 1968, (publié en 1970).
Août. Postulant, sur le conseil de Jean Rouch, le grade de directeur de recherche au C.N.R.S. qui lui permettrait de prolonger de trois ans sa carrière, il établit ses Titres et travaux. À la troisième personne, il écrit que, « conçue d’abord comme un moyen de dépaysement intellectuel, puis choisie comme second métier, l’ethnologie est aujourd’hui pour Michel Leiris une activité qui lui paraît intimement liée à son activité littéraire » et cite ses recherches sur la langue des Dogons, le culte des zars et l’art africain, facilitées par son expérience de poète et de critique. « De tout ceci, il résulte que Michel Leiris souhaite mener aussi longtemps qu’il en aura la faculté les deux activités conjuguées qui sont pour lui comme les deux faces d’une recherche anthropologique au sens le plus complet du mot : accroître notre connaissance de l’homme, tant par la voie subjective de l’introspection et celle de l’expérience poétique, que par la voie moins personnelle de l’étude ethnologique » [27]. Il sera nommé directeur de recherche en janvier suivant. Automne. Signe avec cinquante artistes et écrivains français et étrangers une « Déclaration sur Cuba » en faveur des réalisations du régime castriste. 9 octobre. Mort d’Ernesto « Che » Guevara, « figure légendaire du guérillero » [28]. 20 novembre. Sans enfant, D.-H. Kahnweiler lègue ses objets d’art, tableaux et gravures, livres et documents à Louise Leiris et réserve au seul Michel Leiris le droit de lire le manuscrit de ses mémoires, à peine ébauchés. Décembre. À l’initiative du comité intersyndical du musée de l’Homme pour la défense du Viêt-nam auquel il participe activement, il rédige avec un collègue une lettre aux « ethnologues américains qui désapprouvent la guerre menée par les États-Unis dans le Sud-Est asiatique », lettre qui sera signée par près de quatre-vingts ethnologues français. 26 décembre - 22 janvier 1968. Séjour à La Havane. 1968« Pour moi, année de la vieillesse littéralement touchée du doigt. » [29]
22-25 janvier. Diffusion d’un entretien radiophonique avec Paule Chavasse sur son œuvre. 8 février. Diffusion d’un autre entretien sur sa communication à La Havane, dans la série de Roger Pillaudin « Cuba 1968 », qui sera jugée subversive et rapidement interrompue. 14 février. Prend la parole au meeting organisé en faveur de dix-huit Guadeloupéens arrêtés après les émeutes de mai 1967 à Pointe-à-Pitre. Le 26, il témoigne à leur procès devant la Cour de sûreté de l’État. 28 février - 23 mars. Exposition Picasso, « Dessins 1966-1967 », à la galerie Louise Leiris, catalogue préfacé par Leiris : « Non hors du temps... » [33]. Mai-juin. Début mai, Simone de Beauvoir, Colette Audry, Sartre, Leiris et Daniel Guérin appellent « tous les travailleurs et intellectuels à soutenir moralement et matériellement le mouvement de lutte engagé par les étudiants et les professeurs ». Leiris participe activement au comité d’action du musée de l’Homme et occupe avec quelques collègues l’appartement directorial où logent indûment le ministre de l’Intérieur Christian Fouchet et sa femme, action qui se termine au poste de police. Il prend part à l’assemblée constitutive du Comité d’action étudiants-écrivains, participe à la « prise de l’hôtel de Massa » (siège de la Société des gens de lettres), signe le manifeste créant l’Union des écrivains (15 juin) et contribue avec, entre autres, Sartre, Jacques Monod, Alfred Kastler et Laurent Schwartz, à la constitution d’un comité pour la liberté et contre la répression policière. Durant les événements, il apprécie particulièrement les slogans et inscriptions murales. 29 juin. Mort de Charlotte Dufrène à Bruxelles. Août. Intervention des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie. 6-29 septembre. Voyage en Irlande avec Sonia Orwell et Limbour. C’est probablement pour cette raison qu’il ne participe pas à la lettre de protestation de huit intellectuels français à Fidel Castro après que celui-ci eut approuvé l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie. Octobre. Mort de Marcel Duchamp (le 2), de Jean Paulhan (le 9) et d’Élie Lascaux (le 28). 12 novembre. Mort de Claire Friché. Décembre. Au musée de l’Homme, exposition Passages à l’âge d’homme « dans notre civilisation comme dans les autres », conçue avec « quelques-uns du musée [...] et quelques autres plus jeunes » en « écho à l’action contestataire éclose sur les chaussées du tout dernier printemps » [34]. 1969Jacques Baron : L’An I du surréalisme, comprenant le texte « Où l’auteur vient faire l’inventaire de ce qui lui reste », dédié à Leiris. 197010 janvier. Après la mort de cinq Africains pendant la nuit du 1er au 2 janvier dans un foyer d’hébergement d’Aubervilliers, Leiris visite avec Jean-Pierre Faye (né en 1925) et Jérôme Peignot (né en 1926) le foyer des travailleurs maliens d’Ivry-sur-Seine. Avec vingt autres personnes et durant vingt-quatre heures, il est mis en garde à vue au commissariat de police du XIIIe arrondissement, où Jean-Pierre Faye le voit « sans ceinture ni souliers, les menottes aux mains entre deux gardiens » [36]. Son témoignage est publié dans Le Monde du 13 (« Chez les Maliens d’Ivry-sur-Seine »), tandis que le Parti communiste qualifie l’opération de « diversion policière et gauchiste pour esquiver les responsabilités du pouvoir et du patronat » [37].
17 mai. Près de Cadix, Georges Limbour se noie accidentellement. Leiris lui rend hommage dans Les Lettres françaises du 27 mai - 2 juin (« Libre comme l’air »). Juin. Il fonde avec Simone de Beauvoir l’Association des amis de La Cause du peuple, la publication maoïste dont les deux directeurs successifs avaient été emprisonnés et remplacés par Sartre en avril. Après le refus du préfet de Police de leur délivrer un récépissé de déclaration, « dame de Beauvoir et sieur Leiris » présentent au tribunal administratif de Paris une requête en annulation et obtiennent gain de cause. Le ministre de l’Intérieur Raymond Marcellin qualifiera le jugement d’aberrant mais se gardera de faire appel et fera modifier par l’Assemblée nationale, en juin 1971, la loi de 1901 sur les associations en rétablissant l’autorisation préalable, modification qui sera annulée par le Conseil constitutionnel comme non conforme à la constitution. Juillet. Parution de Éden, Éden, Éden de Pierre Guyotat avec trois préfaces de Leiris [39], Roland Barthes et Philippe Sollers demandées par Pierre Guyotat pour permettre la publication du livre par Gallimard, qui l’avait d’abord refusé. Il est néanmoins interdit et Leiris signe une protestation contre cette interdiction. [1] Donation Louise et Michel Leiris, n°32, reproduit p. 49. [2] Journal, 22 janvier 1961, p. 560. [3] A cor et à cri, p. 86. [4] L’Express, 4 mai 1961, repris dans Chapsal, Envoyez la petite musique, Grasset, 1984, p. 217. [5] Repris dans Mots sans mémoire. [6] Repris dans Un Génie sans piédestal. [7] Journal, p. 568. [8] Repris dans Brisées et dans A propos de Georges Bataille. [9] L’Arc, Aix-en-Provence, octobre 1962. Repris dans Brisées. [10] Publiées dans Rencontres internationales de Bouaké. Les Religions africaines traditionnelles ( Editions du Seuil, 1965 ). [11] Réédité en 2003 ( Editions Maurice Nadeau). [12] Reproduits dans Christan Zervos, Catalogue général illustré de l’oeuvre de Picasso, Cahiers d’art, 1932-1978, t. XXIII, n° 229-238. [13] Publiée dans Mercure de France, octobre 1963. Repris dans Brisées. [14] Repris dans Brisées. [15] « J’ai très peur de ne pas réussir... », Les Lettres françaises, 2-8 janvier 1964. [16] Entretien avec Madeleine Chapsal, dans Pourquoi et comment Sartre a écrit « Les Mots », dir. Michel Contat, P.U.F., 1996, p. 453. [17] « “La Peinture est plus forte que moi...” », repris dans Un Génie sans piédestal. [18] Frêle bruit, p. 1002-1003. [19] Publiée dans Critique, mai 1965, reprise dans Brisées. [20] Journal, 30 septembre 1966, p. 615. [21] Ibid. [22] Repris dans La Règle du jeu (« Pléiade »). [23] Repris dans Francis Bacon ou la brutalité du fait. [24] Repris dans Pierres pour un Alberto Giacometti. [25] Repris dans Miroir de l’Afrique. [26] C’est-à-dire, p. 70-71. [27] C’est-à-dire, p. 60 et 61. [28] Frêle bruit, p. 1013. [29] Journal, 1968, p. 629. [30] « Communication au Congrès culturel de La Havane », repris dans Cinq études d’ethnologie. [31] Max-Pol Fouchet, « Cuba : le congrès culturel. », Magazine littéraire, n°15, février 1968, p. 28-30. [32] Les Temps modernes, n°261, février 1968, p. 1525-1526. [33] Repris dans Un Génie sans piédestal. [34] Frêle bruit, p. 917. [35] Repris dans Zébrage. [36] Jean-Pierre Faye, « Pour les Maliens », Les Lettres françaises, 14-20 janvier 1970, p. 7. [37] André Gorz et Philippe Gavi, « La Bataille d’Ivry », Les Temps modernes, n° 284, mars 1970, p. 1411. [38] Publié en français en 1997 : Wifredo Lam. [39] « Trois fois dit, comme pour mieux enfoncer le clou... », repris dans Zébrage.
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Inspecteur général honoraire des bibliothèques. Auteur de la Bibliographie des écrits de Michel Leiris, 1924 à 1995 (Jean-Michel Place, 1996). Éditeur de la correspondance Michel Leiris - Jean Paulhan (Éditions Claire Paulhan, 2000) et du volume Bataille-Leiris, Échanges et correspondances (Gallimard, 2004). A participé à l’édition de La Règle du jeu dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard, 2003).
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