2004

Chronologie 1931-1940

par Louis Yvert, Les autres Articles

 

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Ouvrages cités


 

1931

Bataille : L’Anus solaire, illustré par André Masson (Éditions de la galerie Simon).
Janvier. Avec l’appui de G. H. Rivière, sous-directeur du musée d’Ethnographie du Trocadéro depuis 1929, Leiris est officiellement recruté par Marcel Griaule en tant qu’homme de lettres et étudiant en ethnologie pour être secrétaire-archiviste de la Mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti. Il est prévu que, durant la mission, il enquêtera sur les sociétés d’enfants, les sociétés séniles et les institutions religieuses.
Mars. Rédige les Instructions sommaires pour les collecteurs d’objets ethnographiques, conçues par Griaule à partir des cours de Marcel Mauss et destinées aux administrateurs, aux colons et aux voyageurs des territoires que doit traverser la mission.
14 avril. Proclamation de la République en Espagne.
15 avril. Gala de boxe avec, en vedette, le Noir panaméen Al Brown (1902-1951), champion du monde poids coq, au bénéfice de la Mission Dakar-Djibouti. Des personnalités contribuent aussi au financement de la mission, dont Raymond Roussel, très probablement sollicité par Leiris.
5 mai. Inauguration à Vincennes de l’Exposition coloniale internationale par le maréchal Lyautey.
17 mai. À Paris, « vrai repos de condamné à mort » [1] et journée d’adieux.
19 mai. Embarquement à Bordeaux sur le Saint-Firmin. Ce « deuxième départ, plus nettement encore que le premier [de 1927], est motivé par le besoin d’une rupture de ban » [2] : « las de la vie qu’il menait à Paris, regardant le voyage comme une aventure poétique, une méthode de connaissance concrète, une épreuve, un moyen symbolique d’arrêter la vieillesse en parcourant l’espace pour nier le temps » [3]. Il commence son journal de route : L’Afrique fantôme. Durant toute la mission, il adressera à Louise Leiris les pages de ce journal (en lui demandant qu’il reste « strictement confidentiel » [4]) et de nombreuses lettres.
La mission comprend alors six personnes. Quatre y participeront jusqu’à la fin : Marcel Griaule (chef de la mission), Marcel Larget (naturaliste, chargé de l’intendance et second de la mission), Michel Leiris (secrétaire-archiviste), Éric Lutten (enquêtes sur les technologies et prises de vue cinématographiques) ; deux n’y participeront que quelques mois : Jean Mouchet (études linguistiques) et Jean Moufle (enquêtes ethnographiques). Quatre autres la rejoindront ultérieurement : André Schaeffner (musicologue), Abel Faivre (géographe et naturaliste), Deborah Lifchitz (1907-1943, linguiste, qui deviendra une amie de Michel et Louise Leiris) et Gaston-Louis Roux (recruté sur la recommandation de Leiris comme « peintre officiel de la Mission » chargé d’étudier et collecter des peintures éthiopiennes anciennes et d’en exécuter des copies). À ces dix personnes, il faut ajouter Abba Jérôme Gabra Mussié (1881-1983), lettré éthiopien mis à la disposition de la mission par son gouvernement durant le deuxième semestre 1932. Sur place, la mission recrutera du personnel autochtone et comprendra jusqu’à plusieurs dizaines de personnes : « boys », muletiers, etc.
31 mai - 29 septembre. La mission séjourne à Dakar, puis gagne Sanga (Soudan français, Mali actuel) par le train et par la route.
20 septembre. À Paris, inauguration de l’exposition surréaliste « La Vérité sur les colonies ».
29 septembre - 19 novembre. Sanga. Leiris y étudie la langue initiatique de la société des hommes chez les Dogons. Le 19 octobre, André Schaeffner rejoint la mission.
 
Marcel Griaule et un dogon - 6.3 ko
Marcel Griaule et un dogon

10-12 novembre. Leiris visite la caverne de Yougo-Dogolou renfermant deux figures de boue séchée qui, dans Frêle bruit, illustreront ce qu’est pour lui le merveilleux. [5]
20 novembre - 26 décembre. Quatre membres de la mission dont Leiris vont par la route jusqu’au Golfe de Guinée, puis remontent vers le Nord jusqu’à Niamey (Niger), où ils retrouvent leurs compagnons venus en bateau par le Niger. Décembre. À Paris, André Masson rompt avec Kahnweiler. Pour deux ans.
26-31 décembre. De Niamey à Damatoulou (Nigeria) par la route.

1932

Céline (« salaud de génie » [6]) : Voyage au bout de la nuit.
Hemingway : Death in the afternoon. Leiris en fera un compte rendu lors de sa publication en français (1938) : « Mort dans l’après-midi, humainement et taurinement parlant, est un livre important » [7].
Prévert : La Bataille de Fontenoy : « du grand Prévert ! » [8].
1er janvier - 21 février. De Damatoulou au Cameroun par la route. Le 18 février, Leiris écrit à sa mère qu’il fera, à son retour, un diplôme de l’École pratique des Hautes Études ayant pour sujet « non pas les sociétés d’enfants du Sénégal et du Soudan comme il en avait été primitivement question, mais la langue secrète de la société des masques de Sanga, ce qui aura l’avantage d’être en même temps un travail littéraire » [9] : ce sera La Langue secrète des Dogons de Sanga (1948). Le 19, Schaeffner rentre en France avec le journal de Leiris et, le 21, lui écrit pour le féliciter et l’encourager à continuer : « tel qu’il est, ce journal est parfait, plein de vie, émouvant parfois » [10].
 
André Schaeffner ethnomusicologue note la musique d’un griot dogon - 14.9 ko
André Schaeffner ethnomusicologue note la musique d’un griot dogon

22 février - 1er mars. Yaoundé.
Mars. À Paris, « affaire Aragon », suite à son inculpation, en janvier, pour la publication de « Front rouge ». Rupture entre Aragon et les surréalistes. Création de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (A.É.A.R.), sous la responsabilité de Paul Vaillant-Couturier (1892-1937), rédacteur-en-chef de L’Humanité.
1er-29 mars. Par la route, la mission gagne Juba, au Soudan anglo-égyptien (Soudan actuel), en passant par l’Oubangui-Chari (Centrafrique) et le Congo belge (République démocratique du Congo).
29 mars - 4 avril. Juba. Décidé à publier son journal de route, Leiris écritdeux projets de préface et demande à Louise Leiris et à Kahnweiler de prendre contact avec Malraux ou Paulhan chez Gallimard.
4-20 avril. En bateau sur le Nil Blanc puis par la route, la mission gagne la frontière éthiopienne à Gallabat. « Voici enfin l’AFRIQUE, la terre des 50° à l’ombre, des convois d’esclaves, des festins cannibales [...]. La haute silhouette du maudit famélique qui toujours m’a hanté se dresse entre le soleil et moi. » [11]
20 avril - 31 mai. Séjour forcé à Gallabat en attendant l’autorisation d’entrer en Éthiopie. Leiris écrit à sa femme à propos de Conrad : « Relis Lord Jim et pense à moi. La seule chose dont je serai toujours reconnaissant au Dr Borel, ce n’est nullement d’une cure psychanalytique [...] mais d’avoir compris que c’était ce livre qu’il me fallait, ce personnage qu’il me fallait jouer. » [12]
1er juin - 1er juillet. La mission gagne Gondar (Éthiopie) à dos de mulet et d’âne. Durant trois semaines, Leiris en est le chef, Griaule rejoignant la caravane le 20 juin. 1er juillet - 5 décembre. Gondar.

Marcel Griaule, Deborah Lifchitz, Gaston-Louis Roux, Abba Jérôme, l’ex-esclave Desta, Michel Leiris. - 15.2 ko

Mi-juillet. Arrivée de Deborah Lifchitz et de Gaston-Louis Roux, puis d’Abba Jérôme. C’est avec ce dernier que Leiris va étudier le culte des génies zars, sujet de La Possession et ses aspects théâtraux chez les Éthiopiens de Gondar qu’il publiera en 1958. Leur principale informatrice est Malkam Ayyahou, guérisseuse et grande prêtresse d’un groupe de possédés, qui a pour fille Emawayish
 
Emawayish, « princesse au visage de cire » - 8.9 ko
Emawayish, « princesse au visage de cire »
, « princesse au visage de cire » [13] dont il s’éprend : « Des jours durant / j’y fus amoureux d’une Abyssine / claire comme la paille / froide comme la pierre » [14]. Immergé dans le milieu qu’il étudie, il note tout ce qu’il voit, ce à quoi il participe et ce qu’il ressent dans son journal dont le séjour à Gondar formera le tiers.
27-29 août. À Amsterdam, congrès « contre la guerre impérialiste ».
Septembre. À Paris, arrivée d’Aimé Césaire pour préparer l’École normale supérieure.
5-31 décembre. De Gondar à Asmara (Érythrée) à âne et mulet puis par le train.

1933

Janvier. Kahnweiler écrit à Leiris qu’il trouve son journal merveilleux : « Cette espèce de répercussion - de “wechselwirkung” [interaction] - Michel - l’Afrique - les nouvelles d’Europe - les compagnons de voyage - comme tous ces éléments s’influencent mutuellement, c’est infiniment curieux et passionnant. » [15]
1er-10 janvier. Asmara jusqu’au 7, puis train jusqu’à la mer Rouge et bateau jusqu’à Djibouti (Côte française des Somalis, République de Djibouti actuelle).
10 janvier - 4 février. Djibouti et Addis-Abeba. Leiris passe près de Harrar, où il ne peut se rendre malgré son désir de voir la ville où Rimbaud a vécu. Le 4 février, Griaule et lui sont reçus par le négus Hailé Sélassié, en visite à Djibouti.
30 janvier. Adolf Hitler chancelier du Reich.
7-17 février. Djibouti-Marseille sur le D’Artagnan. Leiris revient en France « ayant tué au moins un mythe : celui du voyage en tant que moyen d’évasion » [16].
Février-mars. Se réadaptant mal à la vie parisienne et « constatant qu’un changement d’horizon n’entraîne pas forcément un changement intérieur » [17], il éprouve, durant un mois, un état de malaise. Il vit chez Marie Leiris, rue Wilhem, avec Louise Leiris. Attaché au département d’Afrique noire du musée d’Ethnographie, il est « muséographe »après avoir été « explorateur ». Il est en fait ethnographe - selon le mot qu’il emploiera de préférence à ethnologue -, profession qu’il qualifiera de « second métier » bien qu’il l’occupe à plein temps et qu’il soit désormais un « écrivain du dimanche ». Il continuera de l’exercer jusqu’à soixante ans, parce que, sans ce travail régulier qui l’ « étaye », il vivrait « dans un perpétuel dimanche, sans barrière aucune pour [le] défendre contre l’idée de la mort » [18].
Mars. Publie dans Masses, revue mensuelle d’action prolétarienne, un article sur « La Jeune ethnographie », de tendance « dialectique et matérialiste ». Commence à suivre régulièrement les cours de Marcel Mauss à l’École pratique des Hautes études et à l’Institut d’ethnologie. Rend visite à Raymond Roussel.
Printemps. Recommandé par Kahnweiler, il porte son journal de route intitulé Voyage en Afrique à André Malraux qui lui demande un titre moins terne. Il trouve rapidement L’Afrique fantôme.
1er juin - 29 octobre. Exposition de la Mission Dakar-Djibouti au musée d’Ethnographie. Le 1er juin, parution des deux premiers numéros de Minotaure. Le n° 1 comprend un fragment de L’Afrique fantôme. Le n° 2, composé par Leiris, est entièrement consacré à la mission. Dans Commune, la revue de l’A.É.A.R., Paul Nizan (1905-1940) écrit que « les préoccupations esthétiques » de Minotaure « justifient le caractère impérialiste de la fameuse mission Dakar-Djibouti » [19].

 
Couverture du deuxième numéro de Minotaure, consacré à la mission Dakar-Djibouti - 32.5 ko
Couverture du deuxième numéro de Minotaure, consacré à la mission Dakar-Djibouti

4-6 juin. Salle Pleyel, congrès « antifasciste », écho au congrès d’Amsterdam d’août 1932. Les organisations des deux congrès fusionnent sous le nom de mouvement Amsterdam-Pleyel, d’obédience communiste.
20 juin. Leiris assiste à Ascension et chute de la ville de Mahagonny, l’opéra de Bertold Brecht et Kurt Weill, « vaine recherche du bonheur » à l’origine d’un « projet d’ouvrage autobiographique » ou « essai d’autocritique » qu’il intitule La Pierre philosophale ou la Recherche du bonheur en référence au Macao et Cosmage ou l’Expérience du bonheur d’Edy-Legrand [20].
Juillet. Il est recruté comme boursier puis aide-technique à la Caisse nationale des sciences - qui sera englobée dans le C.N.R.S. (Centre national de la recherche scientifique) lors de sa création en 1939 - et attaché au musée d’Ethnographie du Trocadéro. « C’est tout naturellement que je trouvai ma place dans cet établissement et me mis en devoir d’acquérir les diplômes propres à légitimer ce qui était devenu ma profession de fait [...]. Plus tard [...] je reviendrais à la littérature lorsque j’aurais longuement mâché et remâché cette dérision : à savoir que l’ethnographie n’a abouti qu’à faire de moi un bureaucrate » [21].
Nuit du 13-14 juillet. Mort de Raymond Roussel à Palerme « dans des circonstances qui donnent à penser que c’était bien la mort qu’il cherchait en absorbant (comme il fit) une quantité trop forte de barbiturique » [22]. Leiris n’assiste pas à son enterrement à Saint-Pierre-de-Chaillot (le 26) sans doute parce qu’il en conteste le caractère religieux.
Fin juillet - 5 septembre. Séjour à Kerrariot (Bretagne), avec les Kahnweiler et les Lascaux. Il apprend « consciencieusement à nager » [23]. Le 25 août, à Lannion, il voit des baladins qui dansent, montés sur des échasses, spectacle qu’il évoquera dans Biffures [24].
Août. Après avoir placé en exergue à L’Afrique fantôme le « moi seul ; je sens mon cœur... » de Rousseau, il relit ce dernier, « ne rêve que Confessions » et projette « un grand livre qui serait une totale mise à nu, mais sans aucun cynisme » [25]. Vers cette époque, il commence un roman érotique sous forme de lettres entre une jeune fille et son directeur de conscience, Un Été chez Damoclès, projet abandonné en 1934.
Fin août. « Pas d’autre forme littéraire actuellement possible - au moins pour moi - que la littérature “de confession”. » Écrire « soit des tranches de vie (par exemple : toute ma vie sexuelle depuis mon enfance jusqu’à la perte de ma virginité avec D[aisy] S...), soit des sortes de corpus de faits groupés en raison d’une identité de nature, soit des essais théoriques basés sur l’expérience personnelle (par exemple : essai sur la masturbation, - sur le déguisement) » [26].
Septembre. Rend compte d’un livre de Robert Graves sur T. E. Lawrence dans La Critique sociale, où il a été introduit par Bataille : sa première contribution à la revue fondée en mars 1931 et dirigée par Boris Souvarine avec l’aide de sa compagne Colette Peignot (1903-1938), qui sera connue plus tard sous le nom de Laure. Beaucoup d’adhérents au Cercle communiste démocratique (qui a succédé en 1930 au Cercle communiste Marx et Lénine que Leiris avait fréquenté en 1928), collaborent à la revue, notamment Simone Weil, Bataille et d’anciens surréalistes (Baron, Queneau). Il y fait la connaissance de Colette Peignot, qui deviendra une de ses proches amies en 1937 et son interlocutrice lors de la rédaction de son Miroir de la tauromachie et de l’élaboration de sa conception du sacré. Membres du cercle, Bataille, Queneau et lui assistent à quelques réunions, mais sans participer aux discussions : « Je me suis même demandé ce qu’ils venaient y faire, témoignera Édouard Liénert (1902-1986) ; j’avais l’impression que le militantisme n’était pas leur affaire » [27].
2 septembre. Leiris considère avec Kahnweiler que la guerre est certaine. Sa crainte ne le quittera plus durant six ans, jusque dans ses rêves.
Début novembre. À Londres, il voit la comédie musicale de Cole Porter (1892-1964) The Gay divorcee, avec Fred Astaire (1899-1987), l’un de ses « spectacles cruciaux ». André Masson revient à la galerie Simon.
1er décembre. La N.R.F. publie des fragments de L’Afrique fantôme.

1934

Au cours de l’année, Leiris éprouve une passion pour Hélène Gordon (1909-1988), dite Léna, étudiante en ethnologie, divorcée, future épouse de Pierre Lazareff (1907-1972) et fondatrice après la guerre du magazine Elle. Pendant plusieurs mois, il en est « obsédé » de jour et de nuit, puis se rend compte qu’elle se joue de lui.
Janvier. Achevé d’imprimer de L’Afrique fantôme (Gallimard), mise en vente en avril. Il est désormais « édité autrement que de façon quasi confidentielle », ce qui le situe « comme écrivain professionnel » [28]. Dédié à Griaule, le livre est perçu par ce dernier - ainsi que par Mauss et Rivet - comme une provocation pouvant desservir la pratique ethnographique. Les relations entre les deux hommes ne s’en remettront pas et, lors de la réédition de 1951, Leiris supprimera la dédicace. Malgré quelques bonnes critiques, le livre ne se vend guère. Paulhan écrit au ministère de l’Éducation nationale en vue d’un achat pour les bibliothèques, mais on lui répond négativement avec cet extrait du rapport de l’administration : « ouvrage dont l’apparente intelligence n’est due qu’à une très grande bassesse de sentiments » [29].
Au musée d’Ethnographie, Leiris rencontre Alfred Métraux, rentré d’un long séjour en Amérique du Sud. Ils deviennent rapidement de proches amis.
Il est « décidé à divorcer, partir, faire n’importe quoi, - tout ! mais ne pas prolonger l’inanité d’une vie sans amour » [30].
27 janvier. Démission du cabinet Chautemps suite à l’affaire Stavisky. Daladier est nommé président du Conseil. Février ou mars. Louise et Michel Leiris emménagent au 2, rue Eugène-Poubelle (XVIe).
6 février. Manifestation, qui tourne à l’émeute, des ligues d’extrême droite contre le gouvernement Daladier qui démissionne. Le 9, constitution du gouvernement Doumergue et manifestation parisienne à l’appel du Parti communiste et de la C.G.T.U. (Confédération générale du travail unitaire). Le 10, une centaine d’intellectuels dont Leiris signent l’« Appel à la lutte » rédigé à l’initiative de Breton.
12 février. Grève générale antifasciste et manifestations à l’appel des partis de gauche et des organisations ouvrières. Avec Bataille et Tual, Leiris participe à la manifestation parisienne, « atome de l’énorme foule devant qui, entre la place de la République et celle de la Nation, communistes et socialistes, en deux cortèges, s’étaient symboliquement rencontrés pour marquer leur union dans le Front populaire » [31].
17 février. Fondation du C.V.I.A. (Comité de vigilance des intellectuels antifascistes) par Alain, Paul Langevin et Paul Rivet et présidé par ce dernier. Sans faire partie des dirigeants, Leiris y apparaît comme « un peu l’homme de Rivet » [32].
Mars. Dernier numéro de La Critique sociale.
5 mars. Manifeste « Aux travailleurs » signé par les trois fondateurs du C.V.I.A. et par plusieurs centaines d’intellectuels et de syndicalistes, dont Leiris.
Avril-mai. « Grande fuite de neige », écrite en 1926, paraît dans Les Cahiers du Sud.
Début avril. Rédige un « début d’autobiographie » [33] qui, remanié, sera le prologue de L’Âge d’homme.
Juin. Une « altesse et psychanalyste célèbre » - Marie Bonaparte (1882-1962) - lui reproche la « passivité masochiste » dont il fait preuve dans L’Afrique fantôme [34].
29 juin. Reprend sa cure psychanalytique.
30 juin. En Allemagne, nuit des Longs couteaux : Hitler et les S.S. se débarrassent de Ernst Röhm et des S.A.
Deuxième semestre. Leiris publie des articles dans des revues scientifiques françaises et américaine, premières publications du chercheur africaniste qu’il est devenu.
Juillet. Il est chargé du département d’Afrique noire du musée d’Ethnographie, fonctions qu’il quittera à sa demande en 1948. Son mémoire sur la langue secrète des Dogons présenté à l’École pratique des Hautes Études est ajourné par Louis Massignon (1883-1962), qui lui reproche de procéder par « explosions successives de pensée » [35] et non par enchaînements discursifs. Il le présentera à nouveau en juin 1938.
19 juillet. Dans son Journal, il évoque la « perfection du suicide par somnifère ».
25 juillet. À Vienne, assassinat du chancelier d’Autriche Engelbert Dollfus.
27 juillet. Pacte socialo-communiste d’unité d’action contre le fascisme.
Août-septembre. Séjour en Catalogne espagnole : Sa Riera, Tossa de Mar (port de pêche où Masson s’est installé en juin), Barcelone. Il songe à acheter une maison en Espagne, idée qu’à soixante-dix ans il rangera parmi ses « optimismes délirants » [36].
Mi-septembre. Séjour de deux semaines à Mariol (Allier), village où Élise et Marcel Jouhandeau ont une maison. Il visite le gouffre de Padirac, « cette immensité en vase clos, où sont niés terre et ciel » [37].
5 octobre. Soulèvement révolutionnaire dans les Asturies et en Catalogne.
6 novembre. Début de la Longue marche des communistes chinois sous la direction de Mao Tsé-toung.
12 novembre. Définit son projet autobiographique : « Mémoires. Retracer patiemment toute sa vie avec toute la précision désirable ; revivre un à un chaque événement et tout fixer avec le maximum de détails, sans se préoccuper d’être ou non fastidieux. Peindre sa vie comme un portrait de primitif, afin - par la vertu de ce portrait - de donner une consistance à son être » [38].
Noël. À Londres avec Marcel Moré et Louise Leiris.
Fin de l’année. Entreprend la rédaction de L’Âge d’homme à partir du texte érotique « Lucrèce, Judith et Holopherne », écrit en 1930.

1935

Georges Limbour : Le Panorama, conte qui restera « presque ignoré » jusqu’à ce que Leiris lui consacre un article en 1976 [39].
Durant l’année, Leiris fait la connaissance de Francis Ponge.
Il écrit (« vers 1935 ») le premier chapitre d’un roman qu’il déchire : « le personnage central était en réalité moi-même et les autres n’avaient aucune consistance » [40].
Janvier. Commence à suivre les cours sur les religions primitives de Maurice Leenhardt (1878-1954) à l’École pratique des hautes études.
15 janvier. Premier numéro de la revue Mesures, dirigée et financée par le poète américain Henry Church (1880-1947). Paulhan en est le principal animateur et trie les textes à publier soit dans la revue soit dans la N.R.F.
Février. Chez Marie Bonaparte, il fait la connaissance d’un jeune psychanalyste qui avait souhaité le rencontrer : Jacques Lacan.
Avril. Publication dans la N.R.F. de fragments de Comment j’ai écrit certains de mes livres avec une introduction de Leiris : « Documents sur Raymond Roussel » [41]. Le même mois, il publie un autre texte sur Roussel, « Le Voyageur et son ombre », dans le n° 1 de La Bête noire [42]. Cette revue, qu’il a imaginée avec Marcel Moré (1887-1969) est dirigée par Maurice Raynal (1884-1954) et Estratios Tériade (1897-1983). Elle est condamnée par Bataille et Masson, ce dernier la qualifiant de « petit journal dérisoire » et de « torche-cul » [43]. Leiris ne collaborera qu’aux deux premiers numéros.
21-25 juin. Premier congrès international pour la défense de la culture, dit Congrès de Paris, réuni à la Mutualité à l’initiative de l’A.É.A.R.. Suicide de René Crevel dans la nuit du 20 au 21.
Été. Colette Peignot s’installe chez Georges Bataille.
Août-septembre. Louise et Michel Leiris font le tour de l’Espagne à bord d’un cargo, faisant notamment escale à Ceuta et Melilla (Maroc espagnol). En septembre, séjour à Tossa chez André et Rose Masson.
Automne. Mise en forme de L’Âge d’homme. Il choisit ce titre parce qu’il lui « semble que le sujet du livre pourrait se résumer ainsi : comment à partir du chaos miraculeux de l’enfance, on arrive à l’ordre cruel de l’âge d’homme » [44]. Il porte son manuscrit à Paulhan fin novembre ou début décembre.
3 octobre. Mussolini envahit l’Éthiopie. Ses troupes s’empareront de Gondar et d’Addis-Abeba en avril et mai 1936.
7 octobre. Manifeste inaugural de « Contre-attaque, Union de lutte des intellectuels révolutionnaires » initiée par Bataille (qui évoquera à son sujet le projet de société secrète « Judas » formé avec Leiris en 1925). D’accord sur les buts mais trouvant certaines propositions « pas très sérieuses » [45], ce dernier refuse de s’y associer.
Novembre. Commence une licence de lettres à la Sorbonne. Met un point final au manuscrit de L’Âge d’homme.
Parution du livre posthume de Roussel Comment j’ai écrit certains de mes livres, dont l’édition a été supervisée par Leiris.
Fin décembre. Paulhan propose à Leiris de publier L’Âge d’homme dans la collection « Métamorphoses » qu’il vient de créer chez Gallimard et dans laquelle paraîtront des textes importants d’Artaud, Breton, Michaux, etc., le prévenant que le délai de publication sera long (il sera de trois ans et demi). Le 26, Leiris écrit dans son journal : « Selon Malraux, après L’Âge d’homme, j’en ai pour quatre ans à être emmerdé ».

1936

15 janvier. Publication dans Mesures de fragments de La Néréide de la Mer Rouge, dont le texte intégral est publié en plaquette hors commerce .
Février ou mars. « Fin d’analyse avec Borel (jusqu’à la prochaine ?) » [46].
16 février. En Espagne, victoire du Frente popular aux élections législatives.
29 avril. Après dissolution de Contre-attaque, Bataille rédige « La Conjuration sacrée » qui marque la naissance de la société secrète Acéphale. Leiris refusera d’en faire partie, jugeant l’entreprise dérisoire et quelque peu puérile.
3 mai. Victoire du Front populaire aux élections législatives. Le 4 juin, Léon Blum est nommé président du Conseil avec le soutien sans participation du Parti communiste. Le gouvernement entreprend de vastes réformes, notamment dans le domaine culturel en créant le Palais de la Découverte, le Musée national d’art moderne, le musée des Monuments français, le musée de l’Homme et le musée des Arts et Traditions populaires, ces deux derniers remplaçant le musée d’Ethnographie du Trocadéro. Le musée de l’Homme sera conçu par Rivet dans une perspective « franchement antiraciste et populaire » [47] : il devra « donner au peuple une idée plus haute de la dignité humaine, lui faire comprendre que, s’il y a des groupes qui ont progressé plus vite que d’autres, il n’en est pas un seul, si arriéré qu’il puisse paraître, qui n’ait, dans un domaine quelconque, manifesté son intelligence par quelque découverte ou invention surprenante. [...] Étant fait et conçu pour le peuple, [il] sera ouvert aux heures où l’homme qui travaille peut en bénéficier. » [48]
16 juin. Certificat d’histoire des religions (option religions primitives), mention bien.
28 juin. Fin de la conquête de l’Éthiopie par l’Italie. Fin juin - 26 juillet. Séjour en Espagne et aux Baléares avec lesQueneau :Leirishispanophile enthousiaste, Raymond Queneau franchement déçu.
15juillet.Des fragments de L’Âge d’homme sont publiés dans Mesures.
18 juillet. Rébellion antirépublicaine du général Franco (« cet arriviste de la sanglante espèce » [49]), dont les troupes contrôlent en quinze jours plusieurs provinces et les Baléares. Les Leiris et les Queneau sont rapatriés en France le 26. En août, ils séjournent à Hyères.
19 août. Federico García Lorca est « fusillé à Grenade par les tenants de l’inhumanité franquiste » [50].
2e semestre ( ?). Leiris envisage la publication d’une revue artistique à laquelle pourraient collaborer une soixantaine de personnalités [51] . Le projet n’aura pas de suite.
8 octobre. Jouhandeau publie « Comment je suis devenu antisémite » dans L’Action française. Le 9, Leiris lui adresse une lettre de rupture.
Novembre. Masson quitte Tossa. En décembre, il s’installe à Lyons-la-Forêt (Eure).
21 novembre. Certificat de sociologie.
1er décembre. Rend compte dans la N.R.F. du « livre » de Marcel Duchamp, La Mariée mise à nu par ses célibataires, même.
7-19 décembre. Exposition Masson à la galerie Simon : « Espagne 1934-1936 », qui connaît un grand succès. Leiris en fait un compte rendu passionné dans la N.R.F. de janvier 1937 [52].

1937

Antonin Artaud : D’un Voyage au pays des Tarahumaras.
Maurice Leenhardt : Gens de la Grande Terre. Leiris en rend compte dans la N.R.F.
Jean-Paul Sartre : Le Mur, publié dans la N.R.F., qui lui « fait grande impression » [53].
Janvier. Picasso installe son atelier au 7, rue des Grands-Augustins.
Mars. Rédaction de la « Déclaration sur la fondation d’un Collège de sociologie », qui sera publiée dans Acéphale de juillet. Elle est signée de Bataille, Roger Caillois et quelques autres mais pas de Leiris qui, peu après, sera pourtant un des trois fondateurs et responsables du Collège, avec Bataille et Caillois. Il y participera un peu malgré lui, sans s’y identifier profondément, par amitié pour Bataille et avec quelque irritation à l’égard de Caillois.
Avril. Fondation de la Société de Psychologie collective par le Dr René Allendy, Bataille, le Dr Adrien Borel, Leiris et le Dr Paul Schiff. Président : Pierre Janet. Elle a pour but d’ « étudier le rôle, dans les faits sociaux, des facteurs psychologiques, particulièrement d’ordre inconscient, de faire converger les recherches entreprises isolément jusqu’ici dans les diverses disciplines ». [54]
22 avril. Première de Numance de Cervantès au Théâtre Antoine, mise en scène de Jean-Louis Barrault, décors et costumes de Masson. Dans le programme, Desnos rappelle que Numance a été détruite lors de la conquête de l’Espagne par les Romains, « présage pour les événements actuels ».
26 avril. Destruction de Guernica par l’aviation nazie au service du franquisme.
24 mai. Inauguration de l’Exposition internationale de Paris. À partir de juillet, le Guernica de Picasso sera exposé au pavillon espagnol.
Juin. Certificat d’ethnologie (options linguistique et Afrique Noire), mention bien.
Août. Impression de Tauromachies, avec un dessin d’André Masson, publié à 70 exemplaires par le poète et éditeur Guy Lévis Mano (1904-1980).
Septembre-octobre. Séjour dans le Midi, notamment à Saint-Rémy-de-Provence, où il commence la rédaction de Miroir de la tauromachie.
Octobre. Les Cahiers d’art consacrent un numéro entier au Guernica de Picasso, avec un texte de Leiris, « Faire-part » : « tout ce que nous aimons va mourir ». [55]
11 octobre. Création par l’orchestre de Radio Lille de la Cantate pour l’inauguration du musée de l’Homme, musique de Darius Milhaud et texte de Robert Desnos, sollicités par Leiris et G. H. Rivière.
21 octobre. Diplôme d’amharique de l’École nationale des Langues orientales vivantes, mention bien.

1938

Sartre : La Nausée.
8 janvier. Conférence au Collège de sociologie : Le Sacré dans la vie quotidienne, « première esquisse » de La Règle du jeu [56], qui sera publiée dans la N.R.F. de juillet [57].
Avant ou après ( ?) cette conférence, il commence les Notes pour « Le Sacré dans la vie quotidienne » ou « L’Homme sans honneur », notes qui seront poursuivies durant plusieurs mois et seront publiées après sa mort. [58]
13 mars. Annexion de l’Autriche par l’Allemagne (Anschluss). Printemps. Désormais licencié ès lettres, Leiris est nommé directeur de service au Laboratoire d’ethnologie du Muséum national d’Histoire naturelle.
22 mai. Arrivé d’Espagne, Wifredo Lam se rend chez Picasso où il rencontre Leiris, à qui Picasso dit : « Apprends à Lam l’art nègre ». Leiris lui fera visiter plusieurs fois le musée de l’Homme.
Juin. Diplôme de l’École pratique des Hautes Études, section des sciences religieuses, sur la langue de la société des hommes chez les Dogons de Sanga. Fin de ses études entreprises à son retour d’Afrique : il est désormais un ethnologue diplômé.
27 juin, vers 21 h. Inauguration du musée de l’Homme « en grande pompe officielle de robes du soir, de fracs et d’uniformes ». [59]
15 juillet. Promenade à Ermenonville, où se trouve le tombeau vide de Rousseau. [60]
20 juillet. Achevé d’imprimer de Miroir de la tauromachie, illustré de trois dessins de Masson et publié par Guy Lévis Mano dans la collection « Acéphale » dirigée par Bataille.
Dessin de Masson pour Miroir de la tauromachie - 11.7 ko
Dessin de Masson pour Miroir de la tauromachie
 
Après la mort de Colette Peignot, le livre sera dédié à sa mémoire, ayant été écrit « sous [son] influence ou, plutôt, en pensant à elle et aux problèmes qu’elle se posait ». [61]
25 juillet. Manifeste d’André Breton et Diego Rivera (1886-1957) « Pour un art révolutionnaire indépendant » et fondation de la F.I.A.R.I. (Fédération internationale de l’art révolutionnaire indépendant). Leiris refuse de signer le manifeste.
2 août. Demande à André Castel (1902-1987), aficionado nîmois « expérimenté et érudit » [62], de superviser les notes techniques de ses poèmes tauromachiques « Abanico para los toros », probablement écrits en 1937 et qui paraîtront dans Mesures d’octobre 1938. [63] Castel reçoit à Nîmes
 
Leiris (de dos), chez André Castel, dans la cour de son laboratoire - 20.3 ko
Leiris (de dos), chez André Castel, dans la cour de son laboratoire
écrivains, artistes et collectionneurs amateurs de tauromachie : Bataille, Cendrars, Cocteau, Douglas Cooper, Leiris, Masson, Picasso, Queneau, etc. Durant vingt ans, il échangera avec Leiris une abondante correspondance. [64]
16 août. Leiris lit des extraits de L’Afrique fantôme à la T.S.F., émission « Le Quart d’heure de la N.R.F. » animée par Henri Calet.
Septembre. Vacances à Porto (Corse) avec Louise Leiris et Limbour.
23-27 septembre. Crise des Sudètes, dont le territoire, intégré à la Tchécoslovaquie par le traité de Versailles, est revendiqué par Hitler. Mobilisation en Tchécoslovaquie, France, Grande-Bretagne et Belgique. Ultimatum allemand à la Tchécoslovaquie.
28 septembre. À Nîmes, Leiris attend la corrida prévue pour le 2 octobre et reportée en raison des événements. « Tout ce sur quoi j’avais vécu jusqu’alors me semblait s’écrouler comme un château de cartes. » [65]
29-30 septembre. Accords de Munich : démembrement de la Tchécoslovaquie.
7 octobre. À Paris, Caillois rédige une « Déclaration du Collège de sociologie sur la crise internationale » dénonçant les accords. « Bien content que le spectre de la guerre soit écarté » et « un peu réticent », Leiris est « signataire quand même ». [66]
9 octobre. À Nîmes, il assiste à la corrida où se produit le torero Rafaelillo (1912-1972), dont il vantera le remarquable talent dans la N.R.F. de janvier 1939. [67]
4-7 novembre. Colette Peignot agonise à Saint-Germain-en-Laye, où elle habite avec Bataille et où Leiris est présent. « La sainte de l’abîme » (expression qu’il empruntera à Nerval pour l’évoquer dans Frêle bruit) meurt le 7, après « un signe de croix parodiquement inversé » [68]. Avant sa mort, elle avait remis à Bataille des notes destinées à Leiris.
9-10 novembre. Pogroms en Allemagne nazie (« Nuit de Cristal »).

1939

Jean Renoir : La Règle du jeu.
William Wyler : Les Hauts-de-Hurlevent, « œuvre si prestigieuse pour moi ». [69]
Leiris fait la connaissance de René Char et de René Leibowitz (1913-1972), compositeur et chef d’orchestre, porte-parole des musiciens de l’école de Vienne.
15 et 28 mars. Entrée des troupes hitlériennes à Prague : fin de la Tchécoslovaquie. Entrée des troupes franquistes à Madrid : fin de la République espagnole. « Le monde guerrier m’horrifie et m’écrase. » [70]
 
Laure - 24.8 ko
Laure
Printemps. Liaison avec Pauline Roux (épouse de Gaston-Louis Roux). Interrompue lors du départ de Leiris pour Beni-Ounif (en septembre), elle reprendra durant l’été et l’automne 1940. [71]
Bataille et Leiris publient hors commerce et sous le pseudonyme de Laure Le Sacré, recueil de textes de Colette Peignot.
Leiris séjourne à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne), où les Lascaux se sont installés peu avant. Il y est préoccupé par l’idée de « “bifurs” (sorte de calembours de faits qui donnent le sentiment d’être entré momentanément avec l’essentiel [...] quelque chose de très analogue [...] à la fameuse madeleine [de Proust] ». [72] Bifurs sera le premier titre de Biffures.
Début juin. La publication de L’Âge d’homme étant enfin décidée hors collection par Gallimard, Leiris rédige un nouveau prière d’insérer où il estime que son véritable « âge d’homme » lui reste à écrire, quand il aura subi, comme ses aînés, l’épreuve de la guerre.
11 juin. Se réconcilie avec Jouhandeau.
15 juin. Achevé d’imprimer de L’Âge d’homme. Hormis un article de Pierre Leyris (1907-2001) dans la N.R.F., le livre passe inaperçu. Mais il enthousiasme André Masson.
 
Dédicace de Michel Leiris à sa mère, sur un exemplaire de L’Age d’homme - 16.3 ko
Dédicace de Michel Leiris à sa mère, sur un exemplaire de L’Age d’homme

30 juin - 14 juillet. Première exposition parisienne de Wifredo Lam.
4 juillet. Réunion du Collège de sociologie. Le bilan de son activité devait y être fait par Leiris qui s’y refuse au dernier moment : « Si nous nous réclamons de la science sociologique telle que l’ont constituée des hommes tels que Durkheim, Mauss et Robert Hertz [73], écrit-il à Bataille, il est élémentaire d’en appliquer rigoureusement les méthodes. Sinon, il faut que nous cessions de nous dire “sociologues” » [74].
Août. Voyage avec Claude Laurens (fils du sculpteur) en Grèce et dans les Cyclades, où il commence les poèmes de « La Rose du désert » qui seront publiés en 1942. [75]
9 août. Achevé d’imprimer de Glossaire j’y serre mes gloses, illustré de lithographies de Masson (Éditions de la galerie Simon, 110 exemplaires) [76].
23 août. Pacte germano-soviétique.
1er septembre. Hitler envahit la Pologne occidentale. Mobilisation en France. Le 3, l’Angleterre et la France déclarent la guerre à l’Allemagne. Les États-Unis proclament leur neutralité. Le 8, offensive française dans la Sarre. Début de la « drôle de guerre ».
14 septembre. Le maréchal des logis chimiste Leiris est mobilisé et affecté au 22e B.O.A. (bataillon d’ouvriers d’artillerie). Il fait partie d’un groupe chargé d’expérimenter des armes chimiques et secrètes dans une zone désertique d’Algérie, groupe dont l’aventure sera relatée par Albert Paraz (1899-1957) dans Le Lac des Songes, où Leiris est dépeint sous le nom de Daniel Meurisse. La veille de son départ, il dîne avec Bataille qui l’évoque ainsi : « Son visage aux traits accusés [...], son crâne ras [...] forment peut-être ce que j’ai jamais rencontré de plus contradictoire : une lâcheté évidente (plus évidente que la mienne) mais si empreinte de gravité, si impossible à délivrer que rien n’est plus navrant à voir » [77].
18 septembre. L’Union soviétique envahit la Pologne orientale.
19 septembre. Leiris arrive à Beni-Ounif (à l’époque Révoil-Beni-Ounif), entre Béchar (Colomb-Béchar) et Aïn-Sefra, à la frontière du Maroc, « oasis assez maigre où pousse un insignifiant village indigène doublé d’une petite ville de garnison », « bled passablement sinistre, pépinière de cafard ». Durant son séjour, il lit Le Temps retrouvé, « un livre admirable », écrit-il à sa mère [78]. Et à Louise Leiris : « De plus en plus, je trouve Proust génial. Dans peu d’ouvrages, il m’est arrivé de trouver à un tel point ce que j’ambitionnerais de faire moi-même. » [79]. Cette lecture comptera beaucoup lors de l’élaboration, durant l’été 1940, de La Règle du jeu : « Bien entendu, Proust m’a inspiré dans ma démarche » [80].
29 septembre. Achète une boîte de papier à lettres dont le couvercle représente un château féodal sous-titré « Il était une fois » : « pont-levis brusquement abaissé pour le passage de cortèges légendaires par-dessus les douves du temps, qui d’un coup se fondent dans la nuit ». [81]
Fin octobre. Demande à Paulhan de lui trouver un travail plus actif répondant à ses « modestes capacités en matière de défense nationale » [82]. Demande aussi à Paul Rivet qu’une autre affectation lui soit donnée.
Novembre 1939 - février 1940. À la base 2, quasi désertique, à quatre-vingt-dix kilomètres environ au sud-est de Beni-Ounif, chimistes et artilleurs essaient leurs armes chimiques en tirant au canon sur des moutons.
19 décembre. Mobilisé en Lorraine, Sartre note : « Il a fallu la guerre et puis le concours de plusieurs disciplines neuves (phénoménologie, psychanalyse, sociologie), ainsi que la lecture de L’Âge d’homme, pour m’inciter à dresser un portrait de moi-même en pied » [83].

1940

Denise Paulme (1909-1998) : Organisation sociale des Dogon. Leiris en fait un long compte rendu destiné au Journal de la Société des africanistes qui, selon Jean Jamin, « refusa de le publier ». [84]
Mars. Grand élan de tendresse pour Khadidja, vingt-trois ans, prostituée exerçant à Béchar et venue travailler à Beni-Ounif. Il fera de cette aventure le chapitre « Vois ! déjà l’ange... » de Fourbis et, dans Fibrilles, la jeune femme sera promue « du rang méprisé de putain à celui de magicienne » et regardée comme « un ange de la mort » [85]. Le 26, il quitte Beni-Ounif pour Paris, via Oran et Marseille.
29 avril. Retour à Paris. Il rejoint son dépôt de la Mutualité et mène, en uniforme, une vie de civil. Il est toujours dans Proust, ayant repris La Recherche du temps perdu depuis le début.
Mai. Il est affecté au Service archéologique aux armées, affectation qu’il ne pourra rejoindre avant l’offensive allemande du 10 mai en Belgique. Fin mai - début juin, il est à La Ferté Hauterive (Allier), où Louise Leiris le rejoint.
Miró quitte la France pour l’Espagne et Majorque, où il vivra jusqu’en 1948.
Juin. Dernier numéro de la N.R.F. dirigée par Paulhan.
7 juin. Leiris convoie un train de munitions jusqu’à Libourne (Gironde), puis à Le Sen, près de Labrit (Landes).
12 juin. Les Kahnweiler quittent Paris et rejoignent les Lascaux à Saint-Léonard-de-Noblat. Ils vivront au lieu-dit « le Repaire l’Abbaye » jusqu’en 1943 : « trois années de bonheur », « le paradis à l’ombre des fours crématoires » [86], où parents et amis leur rendront visite : les Leiris, André Beaudin, Suzanne Roger, les Queneau, G. H. Rivière, Limbour, Jacques Baron, Patrick Waldberg. Kahnweiler y écrira son Juan Gris.
14-22 juin. Le 14, entrée des troupes allemandes dans Paris. Le 16, démission du gouvernement Reynaud. Le 17, le maréchal Pétain forme un nouveau cabinet pour négocier avec l’Allemagne et, « le cœur serré », ordonne à l’armée française de cesser le combat. Le 18, le général de Gaulle appelle à poursuivre la lutte. Le 22, signature de l’armistice.
28 juin. Remise du dépôt de munitions de Le Sen aux Allemands. Leiris sert d’interprète en anglais.
Juillet. Ne pouvant fuir en Espagne où il avait combattu dans les Brigades internationales, Carl Einstein se suicide dans le gave de Pau pour échapper aux Nazis. Le 2, Leiris est démobilisé à Lagupie (Lot-et-Garonne), où Louise Leiris l’a rejoint, mais il n’en sera averti qu’à la fin du mois. C’est à ce moment, si on prend à la lettre un passage de Biffures, que le projet de La Règle du jeu « prit corps » : « dès le jour que, démobilisé après la “drôle de guerre”, je songeai à un travail de longue haleine » [87]. Travail qui durera trente cinq ans.
10 juillet. À Vichy, Chambre des députés et Sénat réunis donnent tous pouvoirs au maréchal Pétain qui, le lendemain, instaure l’État français. Fin de la IIIe République.
16 et 22 juillet. Les Français naturalisés au cours des dernières décennies sont déchus de leur nationalité. Parmi les proches de Leiris : Kahnweiler et Deborah Lifchitz.
Août. Création par les ethnologues Boris Vildé (1908-1942) et Anatole Lewitsky (1901-1942) et par la bibliothécaire Yvonne Oddon (1902-1982) du « secteur Vildé » du réseau de résistance dit « du musée de l’Homme ». Paul Rivet y adhère aussitôt. Le premier numéro de leur journal clandestin Résistance paraîtra le 15 décembre, ronéoté chez Paulhan. Leiris entretiendra des rapports cordiaux avec le groupe mais sans en faire partie, restant dans une position d’abstention durant plus d’un an, notamment pour préserver la sécurité et les intérêts de Kahnweiler et de la galerie Simon. Cependant, en 1940-1941, Louise et Michel Leiris abriteront Deborah Lifchitz, juive d’origine polonaise, dans leur appartement de la rue Eugène-Poubelle.
5 août. Leiris arrive à Saint-Léonard-de-Noblat, où Louise Leiris l’a précédé et où se trouvent aussi Raymond Queneau et André Beaudin.
10-15 août. Drieu La Rochelle obtient le soutien d’Abetz, ambassadeur d’Allemagne, pour créer ou reprendre une revue littéraire : ce sera la N.R.F., avec l’accord de Gaston Gallimard qui veut sauver sa maison d’édition. Paulhan refuse d’en être codirecteur.
20 août. Assassinat de Trotski.
Fin août. Retour des Leiris à Paris. En septembre, ils s’installent à Boulogne-Billancourt, dans la maison des Kahnweiler, dont ils assurent la garde.
27 septembre. Ordonnance allemande imposant le recensement des Juifs de zone occupée et l’« aryanisation » de leurs entreprises et interdisant aux Juifs qui ont quitté la zone occupée d’y revenir.
Automne. Leiris reprend la rédaction de son mémoire sur la langue de la société des hommes chez les Dogons, qu’il terminera en 1945. Le livre paraîtra en 1948 sous le titre La Langue secrète des Dogons de Sanga.
Octobre. Chargé par intérim du département d’Afrique blanche et Levant du musée de l’Homme (jusqu’en avril 1941).
3 octobre. Décrété par « Nous, Maréchal de France, Philippe Pétain », un premier statut des Juifs leur interdit certaines fonctions et professions. Entre autres, Marc Bloch, Vladimir Jankélévitch, Claude Lévi-Strauss, Marcel Mauss, Jean Wahl (1888-1974) sont exclus de leurs fonctions.
18 octobre. Mort à Brest de Saint-Pol-Roux, encore sous le choc des violences infligées en juin à sa fille, à sa servante et à lui-même par un soldat allemand.
4 novembre. Leiris refuse de rendre compte dans la N.R.F. des ouvrages de sociologie, proposition de Drieu La Rochelle transmise par Paulhan. Le 20, Drieu dira à Jean Grenier que Leiris et lui sont les seuls à refuser ses propositions [88]. La N.R.F. reparaîtra le 1er décembre, « plus nouvelle que française » selon un mot de l’époque.
18 novembre. Rivet, qui a affiché son opposition au régime pétainiste, est révoqué.


[1] L’Afrique fantôme, 17 novembre 1931, p. 270.

[2] Fibrilles, p. 595.

[3] Prière d’insérer (1934), L’Afrique fantôme, p. 65-66.

[4] Lettre du 11 août 1931 citée dans L’Afrique fantôme, p. 173.

[5] Frêle bruit, p. 1002.

[6] Journal, 16 août 1978, p. 692.

[7] La N.R.F., 1er juin 1939, p. 1062.

[8] Corsetti (Jean-Paul), « Le Voyou au pâle visage, entretien avec Michel Leiris », Europe, août-septembre 1991, numéro Jacques Prévert, p. 21.

[9] Lettre à sa mère, Yaoundé, 18 février 1932, B.L.J.D., legs Leiris, Ms.Ms. 45.648.

[10] Lettre citée dans L’Afrique fantôme, p. 359, note 21.

[11] L’Afrique fantôme, 17 avril 1932, p. 416.

[12] Lettre du 30 mai 1932 citée dans L’Afrique fantôme, p. 469.

[13] L’Afrique fantôme, 2 août 1932, p. 572.

[14] « La Néréide de la Mer Rouge » (1936), Haut mal, suivi de Autres lancers, p. 133.

[15] Daniel-Henry Kahnweiler, p. 148.

[16] L’Âge d’homme, p. 201.

[17] Frêle bruit, p. 858.

[18] Biffures, p. 222-224.

[19] Commune, n° 1, juillet 1933, p. 86.

[20] Journal, 1933, p. 217-220.

[21] Biffures, p. 216-217.

[22] Fibrilles, p. 555.

[23] Journal, 10 août 1933, p. 222.

[24] Biffures, p. 146-148.

[25] Lettre à Jouhandeau, 17 août, citée dans Maubon, p. 39 et 56.

[26] Journal, 24 août 1933, p. 230.

[27] Édouard Liénert, « D’un cercle à l’autre », dans l’ouvrage collectif Boris Souvarine et « La Critique sociale, Anne Roche éd., p. 53.

[28] Fibrilles, p. 599.

[29] Journal, 3 avril 1936, p. 302.

[30] Journal, janvier 1934, p. 248.

[31] Nuits sans nuit et quelques jours sans jour, p. 109.

[32] Lévy, p. 187.

[33] Journal, sans date [avril 1934], p. 277.

[34] Journal, 27 juin 1934, p. 283.

[35] Fibrilles, p. 740.

[36] Journal, 8 juin 1973, p. 663.

[37] Fourbis, p. 318.

[38] Journal, 12 novembre 1934, p. 288.

[39] « Panorama du Panorama », Zébrage, p. 181.

[40] Rambures, p. 103.

[41] Repris dans Roussel & Co.

[42] Repris dans Zébrage et dans Roussel & Co.

[43] André Masson, Les Années surréalistes, p. 249 et 256.

[44] Probable premier prière d’insérer de L’Age d’homme, 1935, cité dans Yvert, p. 93.

[45] Lévy, p. 175.

[46] Journal, février-mars 1936, p. 299.

[47] « Entretien avec Sally Price et Jean Jamin » (1988), C’est-à-dire, p. 31.

[48] Paul rivet, « Le Musée de l’Homme », Vendredi, n°82, 28 mai 1937, p. 1 et 6.

[49] Biffures, p. 205.

[50] « La Maison de Bernarda » (1946), Brisées, p. 116.

[51] « Un Projet de revue », Jean Jamin éd., La Revue des revues, n°18, 1994, p. 6-14.

[52] Repris dans Brisées.

[53] Michel Leiris & Jean Paulhan, Correspondance 1926-1962, Louis Yvert éd. Editions Claire Paulhan, 2000, p. 94.

[54] Georges Bataille, Œeuvres complètes, t. 2, Gallimard, 1970, p. 444.

[55] « Faire-part », Un Génie sans piédestal, p. 34.

[56] Madeleine Chapsal, « Entretien : Leiris ou l’ouverture de la poésie », La Quinzaine littéraire, 15-31 octobre 1966, p. 10.

[57] Repris dans Le Collège de sociologie et dans La Règle du jeu (« Pléiade »).

[58] L’Homme sans honneur.

[59] « Du musée d’Ethnographie au musée de l’Homme », La N.R.F., 1er août 1938.

[60] Fibrilles, p. 572.

[61] Jérôme Peignot, « Ma mère diagonale » (1971), dans Laure [Colette Peignot], Ecrits, fragments, lettres, Jérôme Peignot et Collectif Change éd., Société nouvelle des Editions Pauvert, 1985, p. 27.

[62] « Note historiographique », dans Miroir de l’Afrique, p. 1412.

[63] Repris dans Haut mal.

[64] André Castel et Michel Leiris, Correspondance 1938-1958, Annie Maïllis éd., Editions Claire Paulhan, 2002.

[65] Fourbis, p. 355.

[66] Lévy, p. 181.

[67] « Rafaelillo le 9 octobre à Nîmes », repris dans Brisées.

[68] Frêle bruit, p. 1012.

[69] Biffures, p. 235.

[70] Journal, 2 avril 1939, p. 322.

[71] Biffures, p. 255.

[72] Lettre à Louise Leiris, 19 novembre 1939, citée dans Miroir de l’Afrique, p. 1385.

[73] Robert Hertz (1881-1915), auteur d’études réunies après sa mort par Marcel Mauss dans Mélanges de sociologie religieuse et folklore (1928).

[74] Lettre à Georges Bataille, 3 juillet 1939, Le Collège de sociologie, p. 820-821.

[75] Repris dans Haut mal, suivi de Autres lancers.

[76] Texte repris dans Mots sans mémoire.

[77] Georges Bataille, notes relatives au Coupable, dans Bataille, Œuvres complètes, t. V, Gallimard, 1973, p. 498.

[78] Lettre à Marie Leiris, 21 novembre 1939, B.L.J.D., legs Leiris, Ms.Ms. 45.667.

[79] Lettre du 19 novembre 1939, dans Miroir de l’Afrique, p. 1385.

[80] Rambures, p. 100.

[81] Biffures, p. 129.

[82] Michel Leiris et Jean Paulhan, Correspondance 1926-1962, Louis Yvert éd., Editions Claire Paulhan, 2000, p. 147.

[83] Jean-Paul Sartre, Carnets de la drôle de guerre (1983), nouv. éd. augm., Gallimard, 1995, p. 351.

[84] Il sera publié à l’occasion de la mort de Denise Paulme : « Organisation sociale des Dogon », Jean Jamin éd., L’Homme, n°147, juillet-septembre 1998, p. 9-15.

[85] Fibrilles, p. 737 et 787. « L’Ange de la mort » : un des poèmes de La Rose du désert, Haut mal, suivi de Autres lancers, p. 172-174.

[86] Daniel-Henry Kahnweiler, Entretiens avec Francis Crémieux, Mes galeries et mes peintres (1961), Gallimard, 1998 (« L’Imaginaire »), p. 157.

[87] Biffures, p. 262.

[88] Jean Grenier, Sous l’Occupation, Claire Paulhan et Gisèle Sapiro éd. Editions Claire Paulhan, 1997, p. 162.




Louis Yvert

Inspecteur général honoraire des bibliothèques. Auteur de la Bibliographie des écrits de Michel Leiris, 1924 à 1995 (Jean-Michel Place, 1996). Éditeur de la correspondance Michel Leiris - Jean Paulhan (Éditions Claire Paulhan, 2000) et du volume Bataille-Leiris, Échanges et correspondances (Gallimard, 2004). A participé à l’édition de La Règle du jeu dans la « Bibliothèque de la Pléiade » (Gallimard, 2003).