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Michel Leiris

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DIMANCHE 1ER JANVIER 2006

"Il est des regards qui désarment..."

par Amélie Le Pape, Les autres Articles

 

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L’auteur présente ici l’introduction de son mémoire de maîtrise de Lettres Modernes construit sur le rapport entre ethnologie et autobiographie dans L’Afrique fantôme.
Son travail s’oriente plus particulièrement sur la théâtralité leirisienne et les observations que l’ethnographe a pu faire en terre abyssine.

Il est des regards qui désarment. Celui que Michel Leiris lance au photographe en ce mois de mai 1931 au musée d’ethnographie du Trocadéro brûle du feu troublant de celui qui a soif d’infini.

Michel Leiris a alors 30 ans, l’âge d’homme, lorsqu’il accepte de rejoinde la mission ethno-linguistique Dakar-Djibouti dirigée par Marcel Griaule. Sa vie va en être définitivement changée. Il part pour l’Afrique empli de poisons qui lui rongent l’âme, chaque jour un peu plus étouffé par cette société occidentale qui lui convient si mal. Ce voyage qu’il entreprend en tant que secrétaire archiviste de la mission est une fuite en avant désespérée, un ultime point de chute pour cet homme dévoré par ses névroses.

Il part pour l’Afrique en amenant dans ses bagages un amour immodéré pour la « négritude », le jazz et l’art africain ainsi qu’un bric à brac insensé d’idées préconçues qui lui vient du rêve d’évasion, du rêve exotique dont s’est nourrie la littérature du dix-neuvième siècle. Son front volontaire, son front de taureau comme il le décrit dans L’âge d’homme en dit long sur les aspirations de cet homme à la veille de son départ en terre africaine.

Michel Leiris reviendra de son périple africain transmué mais non guéri de ses obsessions ; ainsi il dira dans le préambule à L’Afrique Fantôme :

cette Afrique en laquelle j’avais trouvé beaucoup mais non la délivrance.

Il en reviendra changé et désormais armé de lucidité extraordinaire sur le sens de sa vie et la marche du monde. L’Afrique sera pour le reste de sa vie le terreau, le matériau formidable pour sa production littéraire ainsi qu’une machine à rêves infatiguable.
Il a traversé ce périple sous le voile de l’irrationnel, se raccrochant parfois désespérément à son journal de bord lorsque l’ennui de l’enquête ethnographique lui paraissait insurmontable, le délaissant des journées entières, à Gondar surtout tant il était immergé dans les rites et les possesions Zar.

Si deux sortes de tempéraments semblent coexister ainsi chez Michel Leiris et parfois au prix d’un cruel déchirement, c’est qu’il a fait très vite puis tout au long de son aventure africaine l’expérience déstabilisante du mélange des genres entre l’autobiographie et l’ethnologie.
« En bon petit horticulteur du moi », Michel Leiris a su préserver dans son journal la part autobiographique qui le séduisait tant mais a fait très tôt une expérience négative de l’enquête de terrain comme il l’écrit le 25 Août 1932 :

Amertume, ressentiment contre l’ethnographie qui fait prendre cette position si inhumaine d’observateur, dans des circonstances où il faudrait s’abandonner.

Michel Leiris ne cessera de passer de moments de profonde exaltation pour l’Afrique et son merveilleux imprégnant tout le quotidien à des périodes de déni des méthodes ethnographiques. De même, sa soif de sacré africain qu’il a découvert dans la thèse sur les mentalités primitives de Lévy-Bruhl, oscillera entre une franche provocation lorsqu’il volera les « kono » ou fétiches pour les besoins de la mission et un sincère et ardent besoin de communion avec les différentes ethnies africaines qu’il rencontrera pendant le voyage.

C’est à Gondar, en Abyssinie que Michel Leiris verra s’établir un basculement presque complet de son voyage. Alors qu’il était déjà rentré profondément en introspection depuis son arrivée à Dakar, son séjour à Gondar le fera penser son périple comme une expérience quasi-mystique et une quête initiatique.
L’imagination fertile de Michel Leiris ainsi que son goût prononcé pour une mythologie personnelle ont trouvé un écho incomparable auprès des abyssins qu’il va étudier pendant de nombreux mois.
Michel Leiris va littéralement s’abîmer dans l’Afrique, ne faire qu’un avec elle, avec son coeur et son corps lors de son étude sur les fascinantes possessions Zar. Il va plonger dans un univers irrationnel et onirique, dilatant et modelant le temps. Ainsi il déclarera le 20 février :

Le temps n’existe pas.

Le premier octobre, Michel Leiris écrira ces quelques mots qui sont essentiels afin de comprendre la magie de son aventure africaine :

Je regarde ces trois choses : le carnet d’Affa Jérôme, le diaphragme de mouton, le genou nu d’Emawayish et sens plus que jamais mon irrémédiable isolement. C’est comme si ces trois points formaient un triangle dans ma tête (du fait que je suis le seul à connaître tous leurs liens), coupaient autour de moi l’univers au couteau comme pour m’en séparer et m’enfermer à jamais dans le cercle -incompréhensible et absurde pour quiconque - de mes propres enchantements...

Par cette phrase, Leiris dévoile le noyau pur de son expérience, vécue comme un voyage intérieur. En même temps qu’il participe d’une expédition ethnographique parfaitement rationnelle, il écrit en lui-même un itinéraire magique et secret d’une Afrique rêvée. Ce rêve éveillé prendra corps en la personne d’Emawayish, la fille de prêtresse Zar avec qui Leiris fera l’expérience de la tentation exotique. Il vivra avec elle une communion qui se situera sur le plan métaphysique et sacrificiel et que Leiris affirmera beaucoup plus forte qu’une relation charnelle.

De son voyage en Afrique, Leiris reviendra non pas guéri de ses angoisses et de ses phobies mais comme adouci. Il aura par l’Afrique réussi à constituer un bagage de rêves et de réflexions qui nourriront toute sa production littéraire, et son besoin de théâtralité qui a trouvé une éloquente illustration dans les rites des possessions Zar.




Amélie Le Pape

Prépare un master I de Lettres modernes à l’Université de Brest sur le rapport entre ethnologie et autobiographie dans L’Afrique fantôme.

 


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